Interview avec Evelyne Kratz

Sécuriser pour avancer: les défis du numérique en santé


1. VOUS AVEZ ACCEPTE DE REJOINDRE LE COMITE SCIENTIFIQUE DE TECH 4 HEALTH 2026. QU’EST-CE QUI VOUS A MOTIVEE A PARTICIPER A CETTE AVENTURE COLLECTIVE ? 
Enchantée de faire à nouveau partie de cette édition 2026 de Tech 4 Health aux côtés d'autres acteurs de l'écosystème dans un Comité scientifique pluridisciplinaire dont la diversité des profils et des regards est clé pour construire une programmation différenciante de qualité et connectée aux réalités du terrain. 

2. LE FIL ROUGE DE CETTE EDITION EST « CONNECTER ET SECURISER POUR MIEUX SOIGNER ». QUE SIGNIFIE POUR VOUS CE THEME DANS VOTRE DOMAINE D’EXPERTISE?
Le thème de 2026 ''Connecter et sécuriser pour mieux soigner'' a pour objectif de souligner l’importance de relier les différents acteurs de la santé (hôpitaux, médecins, laboratoires, patients, etc.) grâce à des technologies numériques permettant un meilleur échange d’informations et une communication fluide, facilitant ainsi un parcours de soin plus coordonné, tout en mettant l’accent sur la nécessité de protéger les données, afin d’optimiser les soins aux patients. En connectant les systèmes et en sécurisant les données, les professionnels de santé/ du soin peuvent prendre des décisions mieux éclairées, suivre l’évolution des patients plus efficacement et offrir des traitements personnalisés.

3. QUELS SONT LES FREINS MAJEURS QUE RENCONTRENT ENCORE LES ORGANISATIONS DE SANTE EN MATIERE DE SECURISATION ?
Les organisations de santé rencontrent plusieurs freins majeurs en matière de sécurisation des données, pouvant retarder la mise en œuvre de mesures de sécurité robustes et limiter la capacité des organisations de santé à protéger efficacement les données des patients. :
  • Budget limité : les budgets des établissements de santé se trouvent en général restreints, ce qui limite leur capacité à investir dans des solutions de sécurité modernes.
  • Complexité des systèmes informatiques : Les systèmes existants peuvent être obsolètes ou disparates, ce qui rend difficile leur sécurisation. Intégrer des solutions de sécurité dans ces systèmes complexes peut être un véritable défi.
  • Manque de sensibilisation et de formation : Le personnel n'est aujourd'hui pas suffisamment formé sur les enjeux de la cybersécurité. Une sensibilisation insuffisante augmente le risque d’erreurs humaines. 
  • Volatilité des menaces : Les cybermenaces évoluent rapidement, et les organisations peuvent avoir du mal à suivre le rythme des nouvelles attaques et des techniques de piratage.
  • Difficulté à établir des politiques de sécurité homogènes : Les différentes unités au sein d’un même établissement (hôpital, laboratoire, services administratifs) peuvent avoir des pratiques et des politiques de sécurité qui ne sont pas alignées, ce qui complique la sécurisation globale.
  • Réglementations et conformité : Bien que les réglementations comme le RGPD imposent des normes de sécurité, leur mise en œuvre peut être complexe et coûteuse, surtout pour les petites structures.
  • Culture organisationnelle : Dans certaines organisations, il peut y avoir une culture qui néglige l’importance de la sécurité des données, ce qui peut entraver l’adhésion aux meilleures pratiques.
  • Partenariats et collaborations : Les échanges de données entre différents acteurs (hôpitaux, laboratoires, entreprises pharmaceutiques) peuvent créer des vulnérabilités si les partenaires ne respectent pas les mêmes normes de sécurité. 

Pour information : 
La sécurisation (des données et des systèmes de santé) faisant référence à mon humble avis à la règlementation ou au risque cyber principalement ne sont pas du ressort de mon domaine d'activité. J'aurais pu répondre de façon plus optimale à autre question plus dans mon domaine d'activité.

4. QUELLES BONNES PRATIQUES INTERNATIONALES POURRAIENT INSPIRER LA FRANCE ET L’EUROPE ?
En s’inspirant de bonnes pratiques internationales, la France et l’Europe peuvent avancer vers une meilleure connexion et sécurisation des systèmes de santé, favorisant ainsi des soins de qualité.  A titre d'exemples en matière de :
  • Interopérabilité des systèmes : L'exemple du modèle d’interopérabilité des données de santé en Australie peut être une inspiration pour la France et l'Europe. Le pays a développé des standards pour permettre le partage sécurisé et efficace des données entre différents systèmes de santé.
  • Utilisation de la blockchain : Des projets pilotes en Estonie ont exploré l’utilisation de la blockchain pour sécuriser les dossiers de santé électroniques, garantissant ainsi l’intégrité des données. 
  • Cet exemple peut être inspirant pour évaluer l’application de technologies similaires afin de renforcer la sécurité des dossiers médicaux et améliorer la confiance des patients. Utilisation de l’IA : Au Royaume-Uni, l’IA est utilisée pour analyser les données de santé tout en respectant la 'privacy', améliorant ainsi le diagnostic et le suivi des patients.
  • Inspiration pour la France et l'Europe : Encourager des recherches et des projets pilotes sur l’utilisation de l’IA pour optimiser les soins tout en garantissant la sécurité des données.
  • Patient centré sur les données : En Suède, les patients ont accès à leurs propres dossiers médicaux en ligne, ce qui leur permet de mieux comprendre et de gérer leur santé. Inspiration : Promouvoir des initiatives en Europe qui offrent aux patients un accès sécurisé à leurs données de santé pour renforcer leur engagement dans leur parcours de soins.
  • Partenariats public-privé : A Singapour, des partenariats entre le gouvernement et le secteur privé ont été formés pour développer des infrastructures numériques de santé sécurisées. Inspiration : Favoriser des collaborations entre acteurs publics et privés en Europe pour innover dans les technologies de santé tout en assurant leur sécurité.