Interview avec Patrick Callier

SoFIA‑Santé, pour une IA en santé utile, éthique et ancrée dans la pratique clinique


1. POURQUOI SOFIA-SANTE S’IMPLIQUE DANS TECH 4 HEALTH 2026 ? 
 SoFIA-Santé s’implique dans Tech 4 Health 2026 pour porter la voix d’une intelligence artificielle en santé qui soit à la fois utile, éthique et alignée avec les réalités cliniques. Notre présence vise à renforcer les échanges entre acteurs du numérique, de la santé, des données et de la réglementation pour favoriser une transformation positive et structurée du système de soins. 

2. QUELLE EST LA RAISON D’ETRE DE SOFIA-SANTE ET QUEL ROLE SOUHAITEZ-VOUS JOUER DANS L’ECOSYSTEME FRANÇAIS DE L’IA EN SANTE ? 
SoFIA-Santé a été créée pour répondre à la rareté des structures savantes dédiées à l’intelligence artificielle appliquée à la santé et pour accompagner les professionnels face aux défis posés par cette révolution technologique en structurant une approche francophone, éthique et scientifique de l’IA en santé. Nous souhaitons fédérer une communauté pluridisciplinaire — médecins, ingénieurs, chercheurs, juristes et experts — et jouer un rôle de référence, en favorisant la formation, l’échange de pratiques et l’élaboration de bonnes pratiques rigoureuses. 

3. COMMENT EVALUEZ-VOUS AUJOURD’HUI LA MATURITE DES ETABLISSEMENTS FRANÇAIS FACE A L’IA (TECHNIQUE, REGLEMENTAIRE, ETHIQUE, ORGANISA-TIONNELLE)?
La maturité des établissements français face à l’IA est inégale. Sur le plan technique, les infrastructures progressent mais la qualité des données et l’interopérabilité restent des défis majeurs. Sur le plan réglementaire et éthique, le cadre évolue avec les nouvelles exigences européennes, mais sa traduction opérationnelle dans les établissements est encore en cours. Organisationnellement, de nombreux établissements n’ont pas encore formalisé une gouvernance transverse intégrant l’IA de manière cohérente. 

4. QUELS MESSAGES CLES SOUHAITEZ-VOUS TRANSMETTRE AUX DIRIGEANTS D’ETABLISSEMENT, RSSI, DPO ET SOIGNANTS PRESENTS AU SALON ? 
Le premier message est que l’IA ne doit pas être perçue comme une fin en soi, mais comme un levier pour améliorer les pratiques, la qualité des soins et l’efficience organisationnelle. Sa réussite repose sur une gouvernance claire, une intégration sécurisée des données et un pilotage éthique partagé. L’implication des professionnels de terrain est indispensable pour garantir des usages pertinents et durables. 

5. SELON VOUS, COMMENT DOIT EVOLUER LE ROLE DU RSSI FACE AUX USAGES CROISSANTS DE L’IA GENERATIVE ET PREDICTIVE ? 
Le rôle du RSSI doit évoluer d’un rôle de contrôleur vers un rôle de stratégiste de confiance numérique. Avec l’essor de l’IA générative et prédictive, il est crucial d’anticiper les risques liés aux données sensibles, de maîtriser les environnements cloud et d’accompagner une adoption responsable des outils, tout en garantissant sécurité et conformité. 

6. QUELS SONT LES BIAIS LES PLUS PREOCCUPANTS AUJOURD’HUI EN IA SANTE ET COMMENT LES LIMITER DANS LA PRATIQUE ? 
Les biais les plus préoccupants sont ceux liés à la représentativité des don- nées, à l’hétérogénéité des pratiques cliniques locales et à l’entraînement sur des bases histo-riques non diversifiées. Pour les limiter, il faut conduire des validations multicentriques, impliquer les cliniciens dans l’évaluation des modèles, assurer une transparence mé-thodologique et mettre en place des audits réguliers des algorithmes. 

7. COMMENT L’IA PEUT-ELLE REELLEMENT ALLEGER LA CHARGE ADMINISTRATIVE OU COGNITIVE DES EQUIPES SOIGNANTES ? 
L’IA peut alléger la charge administrative en automatisant des tâches répétitives comme la rédac-tion de comptes rendus ou l’extraction d’informations pertinentes du dossier patient. Elle peut aussi réduire la charge cognitive en synthétisant des informations complexes et en aidant à prior-iser les décisions, permettant ainsi aux soignants de se concentrer davantage sur le soin direct. 

8. À L’INVERSE, QUELS USAGES DE L’IA VOUS SEMBLENT AUJOURD’HUI INSUFFI-SAMMENT SOLIDES POUR UNE APPLICATION CLINIQUE ? 
Les usages insuffisamment solides sont ceux qui n’ont pas été validés en conditions réelles, en particulier les outils génératifs dépourvus de supervision humaine ou explicabilité suffisante, ainsi que certains systèmes prédictifs dont le risque d’erreur ou de biais n’est pas suffisamment quantifié. 

9. QUELLE EST LA PRINCIPALE DIFFICULTE RENCONTREE PAR LES ETABLISSE-MENTS POUR FIABILISER LEURS DONNEES DE SANTE ? 
La principale difficulté réside dans l’hétérogénéité des systèmes d’information et la variabilité des pratiques de saisie, qui compromettent la qualité et la fiabilité des données. Sans une stratégie data robuste, l’intégration de l’IA reste fragile. 

10. COMMENT CREER UNE CULTURE PARTAGEE ENTRE PROFILS TECHNIQUES, ME-TIERS ET CLINIQUES AUTOUR DE L’IA ? 
La création d’une culture partagée repose sur des initiatives de formation continue, des projets collaboratifs intégrant toutes les parties prenantes, et une gouvernance qui encourage le dialogue entre experts techniques, soignants et décideurs. Favoriser les échanges réguliers et des espaces de réflexion communs est essentiel pour construire une vision partagée. 

11. COMMENT SOFIA-SANTE ACCOMPAGNE-T-ELLE LES ETABLISSEMENTS DANS CETTE ACCULTURATION ? 
SoFIA-Santé accompagne les établissements à travers la formation continue la sensibilisation aux enjeux éthiques et réglementaires, et l’organisation de moments d’échange scientifique et collaboratif. Elle favorise l’émergence de bonnes pratiques et permet aux acteurs d’accélérer leur montée en compétence en IA de manière structurée et responsable. 

12. COMMENT IMAGINEZ-VOUS LA PLACE DE L’IA DANS LE SYSTEME DE SANTE FRANÇAIS D’ICI 5 ANS ? 
D’ici cinq ans, l’IA fera partie intégrante des outils de santé quotidiens, soutenant la décision clinique, améliorant l’efficience organisationnelle et automatisant certaines tâches administratives. Pour être pleinement bénéfique, elle devra être encadrée par une gouvernance éthique, évaluée cliniquement et intégrée de façon transparente dans les parcours de soins, tout en étant accompagnée par des formations adaptées pour tous les acteurs.