UN PARCOURS D'EXCEPTION : L'EXEMPLE DE SOPHIE ADENOT
À l’heure où notre deuxième Française, Sophie Adenot, est à bord de la Station spatiale internationale (ISS), il est intéressant de revoir son parcours de héros combattant pour être fin prête à accomplir sa mission.
On ne se prépare pas uniquement au moment où la mission est officiellement désignée. Non, on se prépare probablement bien avant la sélection… Peu à peu, le désir de travailler dans cet environnement extrême émerge tôt dans la vie et, consciemment ou non, la motivation et le cursus nous dirigent vers cette voie. Comme tout héros, Sophie a surmonté tous les obstacles.
LA SELECTION : UN PROCESSUS D'UNE EXTREME EXIGENCE
Le premier gros obstacle vient de la sélection elle-même. En effet, sur les 22 523 demandes d’astronautes valides reçues par l’ESA (European Space Agency), Sophie sera finalement retenue.
Pour donner suite à une première phase se déroulant via un très long questionnaire en ligne (selon des critères déterminés par l’ESA), la seconde phase consiste en une journée de tests psychomoteurs à Hambourg, suivie d’une troisième étape, également sur une journée, à Cologne (évaluation psychologique), puis d’une quatrième phase médicale avec une batterie de tests sur une semaine.
Les deux dernières étapes consistent en des entretiens avec les représentants de l’ESA. Pour le détail de la sélection, voir l’article suivant : Godard et Weerts, 2018.
Quel parcours, après une carrière professionnelle déjà très riche : diplômée de Sup Aéro et d’un master en science des facteurs humains aéronautiques et spatiaux en 2004 au MIT (Massachusetts Institute of Technology).
Elle intègre l’armée française en 2005 et devient pilote d’hélicoptère. Entre 2019 et 2022, après sa formation de pilote d’essai auprès de l’ETPS (Empire Test Pilot School), Sophie sert en tant que pilote d’essai au sein de la DGA, au centre d’essais de Cazaux. Elle a effectué plus de 3 000 heures de vol sur plus de 22 types d’hélicoptères différents.
LA FORMATION D’ASTRONAUTE
Après ce parcours hors du commun, lorsqu’elle intègre l’ESA pour démarrer son entraînement d’astronaute, Sophie possède déjà une solide connaissance de l’aéronautique et du spatial.
Sa formation de base pour devenir astronaute professionnel dure un an. Ensuite, jusqu’au départ pour l’ISS, elle se consacre à la poursuite de son entraînement et de sa préparation : sorties extravéhiculaires (de très nombreuses heures dans le NBL des États-Unis à Houston), apprentissage de la conduite de SpaceX, préparation des expériences scientifiques.
LA PREPARATION MEDICALE ET LE SUIVI EN MISSION
Après validation de la sélection médicale, il s’agit avant tout de maintenir Sophie en bonne santé. Cela repose sur une équipe pluridisciplinaire et internationale.
Si Sophie est suivie par une équipe médicale à Cologne, les collègues de l’ISS jouent également un rôle essentiel afin d’assurer la cohérence et le bon déroulement des entraînements, la préparation aux événements médicaux (urgences médicales et techniques) et le bon déroulement de la mission.
En effet, chaque astronaute doit être non seulement un excellent scientifique pour mener à bien ses expériences, mais aussi prêt à réparer… les toilettes, par exemple, ou encore les appareils de sport : treadmill, vélo, ARED (Advanced Resistive Exercise Device).
La préparation physique est fondamentale. Son équipe d’entraineurs (incluant une physiothérapeute) reste en relation régulière avec elle après avoir établi son programme pré-, in- et post-vol. Des réajustements sont toujours possibles. L’objectif est de réaliser environ deux heures de sport par jour sur différents appareils (tapis roulant, vélos et squat avec ARED) afin de maintenir sa condition physique.
Une alimentation adaptée est également mise en place, avec l’accompagnement de la nutritionniste de l’ESA, afin de préserver au mieux son état de base.
Nous savons que cet entraînement ne suffit pas totalement : les effets de l’environnement spatial sur le corps sont inéluctables. Cependant, les semaines de retour, entourée de son équipe médicale, de ses entraineurs sportifs et de sa famille, permettent une réadaptation progressive à la vie terrestre.
Lors de sa mission, elle devient l’expérimentatrice d’un grand nombre d’études scientifiques, mais aussi le sujet d’expériences en physiologie humaine, notamment EchoFinder ou MatISS.
Pour EchoFinder, il s’agit d’une étape majeure pour les futures missions lunaires ou martiennes. À bord de l’ISS, le contact avec la Terre est possible et le suivi médical est assuré avec le sol. Prenons l’exemple de la surveillance oculaire : une batterie de tests est réalisée, incluant notamment une échographie. Celle-ci est effectuée en collaboration avec l’équipe au sol, qui a déjà réalisé les examens pré-vol et guide l’astronaute afin d’obtenir des examens comparables.
Cette fois, Sophie aura la tâche d’utiliser l’IA, couplée à la réalité virtuelle, pour réaliser les échographies.
UNE MISSION EDUCATIVE : CHLORISS
Lors de sa mission, elle mène également des actions auprès des élèves en partageant certaines expériences, dont ChlorISS.
Cette initiative éducative consiste en la germination simultanée de graines d’Arabette des dames et de mizuna en micropesanteur à bord de l’ISS, menée par Sophie Adenot, et sur Terre, reproduite par des milliers de classes.
L’expérience connectera jusqu’à 4 500 établissements scolaires, leur permettant d’observer l’influence de la lumière et les effets de la gravité sur la germination et la croissance des plantes. L’objectif est de susciter l’intérêt des jeunes pour les disciplines scientifiques et techniques.
UNE PAGE D’HISTOIRE
Sophie devient ainsi la première de sa promotion 2022 à voler. Elle est la onzième Française à partir dans l’espace pour sa mission Epsilon, et la deuxième femme après Claudie Haigneré.

