Interview avec Anne-Lise Soleil

Cybersécurité et communication : moteurs de l’innovation médicale


1. VOUS AVEZ ACCEPTÉ DE REJOINDRE LE COMITE SCIENTIFIQUE DE TECH 4 HEALTH 2026. 
QU’EST-CE QUI VOUS A MOTIVEE A PARTICIPER A CETTE AVENTURE COLLECTIVE ? 
En tant que directrice de communication, j’ai l’habitude de porter les enjeux par la voix de mon entreprise. Faire partie de ce comité d’entreprise est une réelle opportunité de m’engager différemment, via ma propre voix, pour porter, d’une autre manière, plus loin, ces sujets d’innovation en santé. 

2. LE FIL ROUGE DE CETTE EDITION EST « CONNECTER ET SECURISER POUR MIEUX SOIGNER ». QUE SIGNIFIE POUR VOUS CE THEME DANS VOTRE DOMAINE D’EXPERTISE ?
Je dirais qu’il signifie « boucler la boucle ». Les enjeux auxquels fait face le système de santé sont nombreux. On parle souvent de l’innovation technologique, d’IA pour permettre la résilience du système. On parle moins de l’infrastructure, de l’informatique en santé qui est en quelque sorte le socle permettant à l’innovation d’atterrir pour mieux soigner. L’innovation génère un nombre incalculable de données, qui faut connecter et sécuriser. Il s’agit de construire l’hôpital de demain qui n’est, en quelque sorte que le corolaire de l’innovation technologique. Ce sont les deux faces d’une même pièce. L’un de va pas sans l’autre.

3. COMMENT UN ACTEUR INDUSTRIEL GLOBAL COMME PHILIPS INTEGRE-T-IL LA DOUBLE EXIGENCE DE CONNEXION ET DE SECURISATION DANS SES SOLUTIONS ?
Chaque jour, de grandes quantités de données de santé sont générées par les acteurs de la santé (dossiers des patients, examens, procédures médicales etc…). Toutefois, ces données sont souvent enregistrées et suivies sur différentes solutions, rendant la communication entre les différents systèmes de santé complexe. L’interopérabilité vient en réponse à ce défi, permettant une communication fluide entre les différents systèmes. 

Chez Philips, nous proposons des services liés à l'intégration des dispositifs, à la surveillance des signes vitaux et à la surveillance clinique reliant pratiquement tous les dispositifs médicaux existants et les solutions de dossier patient électronique (DPE) dans les hôpitaux par l'intermédiaire d'un système indépendant des fournisseurs.

Le dispositif est là pour capturer les données cliniques en continu, à partir de presque tous les appareils médicaux, les contextualiser et les partager avec tous les points de soins.

Pour répondre à la double exigence de connexion et de sécurisation dans ces solutions, nous intégrons le principe de la cybersécurité dès la R&D, dès la conception. Un groupe de travail dédié qui intervient en amont et en aval. C’est-à-dire qu’il est là pour ériger des verrous qui s’étendent de la fabrication du produit jusqu’à son installation. Ensuite, parce que nous sommes à l’écoute de toute potentielle vulnérabilité, en temps réel, nous sommes capables d’intervenir sur ces produits en fonction des retours de l’analyse de ce groupe dédié.

4. QUEL ROLE LA COMMUNICATION PEUT-ELLE JOUER POUR CREER LA CONFIANCE AUTOUR DE CES INNOVATIONS ?
La confiance est un enjeu crucial. Il y a beaucoup de fantasmes autour de l’IA, et en particulier autour de la donnée de santé et de sa gestion. Qui conserve les données patients, où, comment ? C’est un sujet éminemment éthique. De même, les établissements de santé se sentent vulnérable aux risques cyber et donc à la fuite des données. C’est donc tout l’écosystème, du patient au directeur d’hôpital qui faut rassurer. Et c’est justement là que la communication intervient.

La communication est là pour mettre le sujet sur la table et faire émerger le débat, d’une part. En allant créer des opportunités de prise de parole. En travaillant avec les médias spécialisés d’une part pour faire prendre conscience de l’ampleur des enjeux et des solutions existantes. En travaillant avec les médias traditionnels d’autre part pour permettre la perméabilité de ces sujets auprès du grand public. Ainsi, l’on peut toucher un large spectre qu’il est nécessaire d’embarquer. Car pour générer de l’adhésion, il faut permettre cette confiance. Il faut vulgariser. Il faut déminer.

Mais le rôle de la communication c’est aussi et surtout de parvenir à créer un cercle vertueux d’acteurs qui vont s’engager avec nous. Au même titre que nous. Nous devons agir par-delà les disciplines, les institutions et les frontières. Nous devons intégrer les usagers – soignants comme patients – dès la conception des outils numériques. C’est cela qui permettra de poser des lignes directrices claires, des preuves scientifiques robustes et une réglementation pour structurer cet environnement de confiance. Pour assurer une adoption sereine et éthique de ces technologies.